Mass Murder

work in progress

En arrivant en Angleterre, je me suis confrontée à la culture du tabloïd et aux rapports si particulier que le pays entretien avec les faits divers.

En mettant en parallèle cette culture du mass media/mass murder, essayant de trouvé un moyen de le représenter sans y faire intervenir les médiums de prédilection de l’image. Encrer dans un présent, les faits divers s’inscrivent presque dans une lignée de conte modernes où la place de la vérité est tangible et aisément manéable comme les matériaux utilisé à cet effet ( le papier journal, internet ou la télévision). Comment travailler avec cette simplification des récits? Comment faire entrer dans la maison lambda ces histoires de crimes ‘‘renouvelables’’ par un autre biais? J’ai tenté de répondre à ces questions par une démarche plastique. Les plats en céramiques m’ont paru une réponse à cette question. Un bibelot remplis de souvenir nostalgique d’un bonheur passé que l’on ne veut oublier. Créer une ramificaction par la collection de plats m’a très vite paru clairement comme un décor à un travail plus grand. Faisant intervenir un autre objet de maison, le rideau. Superposé l’archétypque de la victime ( Laura Palmer) et celle du démon (Myra Hindley).

L’une fiction l’autre réelle. 

Ma recherche en cours m’a emmenée vers le détournement du spéctaculaire. Jouant sur la vérité et la fiction par la vidéo. Manier les codes des documentaires à sensation, du pastiche et de la mise-en-scène sans savoir réellement où est la limite entre le jeux et la vérité. Ne plus parler, ne pas donner la parole mais juste une indication sur le lien de la personne avec un crime commis. Ayant trouvé la forme du prologue adéquate pour ces protagonistes que l’on ne voit jamais. Sans début et sans fin, une série de vidéo est alors en cours. Un face-à-face dérangeant avec une victime collatéral. Une atmosphère pesante, où les fantômes du passé ne sont pas loin. 

 

Still shots from Murder videos, 2014.

 

 

Pour ce projet, Maëlle Gross explore le fait divers et son insertion dans les maisons de 

quidams. Sa confrontation à la culture de tabloïds en Angleterre a fait émerger chez 

l’artiste un questionnement autour du rapport entre  les notions de ‘mass media’ et 

‘mass murder’.  Ainsi ‘Melissa K’ et ‘Grand-maman’ forment un diptyque en vidéos, dans 

lesquelles l’artiste se joue des controverses et des limites entre fiction et documentaire. 

Le simple usage d’une légende qui définit le lien entre le sujet et son apparenté au 

présumé meurtrier donne une couleur de série noire à l’œuvre vidéo. Maëlle Gross 

emploie les caractéristiques types du reportage d’investigation, usant de postiches et 

fond sonore dignes d’une enquête criminelle télévisée. Pourtant, la caméra s’immisce 

subtilement dans le quotidien de ses sujets, les exposant dans la tranquillité de leurs 

activités – boire une tasse de thé ou faire des mots croisés - absents de tout dialogue. Ce 

face-à-face confronte deux générations évoluant dans une mise en scène similaire. Le 

décor, aspect phare de ce projet, comporte des plats en céramiques exposés dans les 

appartements, affichant des visages de coupables et victimes. C’est par ce biais que 

l’artiste a concentré le cœur de sa recherche, à travers une démarche plastique afin de 

considérer une autre forme maniable de faits divers. Ainsi un paradoxe se créée, les 

œuvres donnant une atmosphère angoissante à un environnement banal. En effet, les 

plats en céramiques qui ont pour usage de glorifier ces effigies, prennent une valeur 

particulière lorsque le spectateur associe la notion de ‘crime’ à cette réification réalisée 

par l’artiste, faisant naître un parallèle dérangeant.  Sans début et sans fin, l’artiste laisse 

en suspend le jeu de la controverse…

 

par Astrid Silva, historienne de l'art spécialisée en art vidéo